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  • : Voici l'univers d'une passionnée. Je vous présente mes créations artistiques, ma vision du monde au travers de mes peintures, dessins, textes et photos, tout en espérant que ce que vous y verrez vous plaira. Je recherche ici à me confronter à votre regard, vos appréciations, vos critiques. Alors n'hésitez pas à me contacter, je vous répondrais au plus vite.
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Mardi 14 février 2012 2 14 /02 /Fév /2012 15:28

 

Lucas n'en revenait pas, il avançait enfin. L'espoir était en train de renaître en lui. Il courut jusqu'à sa voiture, rentra le nom du village dans son GPS et démarra. Alors qu'il était en chemin, son téléphone sonna. C'était Harry.

 

-     Lucas, j'ai du nouveau, mais je crains qu'il ne s'agisse pas d'une bonne nouvelle. Hier, après notre rencontre, j'ai contacté des amis, pour essayer d'en apprendre un peu plus. Il s'avère que de nombreux membres de cette secte auraient envoyé des courriers à leurs proches. Certaines de ces lettres étaient cependant beaucoup plus explicites que celle que vous avez reçue. Il semblerait que Darius prépare son dernier coup. Attendez vous au pire. 

-     Non, il ne peut pas ! Je ne le laisserais pas faire. J'ai le nom du village où il se trouve et je suis en chemin. 

-     N'y allez pas seul. Vous ne vous imaginez pas le risque que vous courrez. 

-     Il est peut être déjà trop tard, je ne peux plus attendre. Plus d'un mois que ces lettres ont été envoyées, que ces gens sont arrivés ici. Rendez moi service. Appelez la police, la gendarmerie, qui vous voulez, et expliquez leur. Dites leur que je suis en chemin, qu'il faut qu'ils interviennent au plus vite. La commune s'appelle Berstett. Je compte sur vous.

 

Lucas raccrocha sans attendre de réponse. Le soulagement ressenti il y a quelques dizaines de minutes avait fait place à l'angoisse. Il avait l'impression d'être dans un film. C'était une histoire de fou, un cauchemar dont il voulait sortir sa fille saine et sauve. Quand il arriva au village, il fit le tour des commerçants espérant avoir une adresse précise. Ce ne fût pas très difficile. Ils étaient apparemment une centaine à vivre ensemble dans une vieille bastide à 5 kilomètres de là. Ils venaient très peu en ville et paraissaient de plus en plus mal en point. A la question y avait-il des enfants, la réponse était toujours la même : non. Pas d'enfant mais beaucoup de femmes, enceintes pour la plupart et très peu d'hommes. A quoi rimait cette mascarade ? Il ne savait pas, mais il touchait au but.

Dernière ligne droite, il arriva devant la maison. Une vieille demeure abîmée par les années mais robuste. Le cadre était beau, apaisant. Le grand portail était ouvert. Lucas gara sa voiture un peu plus loin pour ne pas éveiller les soupçons et avança prudemment. Il n'y avait personne. Le petite route pavée qui menait à l'entrée était déserte. Au loin, il vit une masse au sol. Il enjamba les fleurs qui bordaient le chemin et se dirigea vers elle quand soudain, une odeur nauséabonde le prit à la gorge. Il s'arrêta net et observa cette masse encore à 10 mètres de lui. Il fût sidéré de voir que derrière, en contrebas, il y en avait des dizaines d'autres. Le pire était là, sous ses yeux. Des corps inanimés à perte de vue. Certains étaient à moitié calcinés, d'autres gisaient dans une substance noirâtre les bras lacérés. Un frisson de terreur le saisit. Lucas avançait dans ce cimetière à ciel ouvert complètement hébété. Tous les corps étaient positionnés de façon circulaire. C'est au bout de quelques minutes qui l'a reconnue, au centre de cette ronde macabre, son ex femme, les yeux ouverts mais sans âme. Un ventre arrondi pointait sous sa tunique. Il tomba à genoux et ne put retenir ses larmes. La culpabilité l'envahit. A cet instant précis il aurait voulu être à sa place. Il avait eu la possibilité à une époque de l'extirper de là, mais sa faiblesse et sa naïveté l'en avaient empêché. Toute sa force s'évanouissait à mesure que les minutes passaient. Il n'y avait aucun enfant ici, mais le lieu semblait immense et il ne pourrait pas supporter de voir le corps de sa petite fille inanimé lui aussi. Un bruit de moteur le sortit de ses lamentations. Il se retourna et vit au loin un grand van noir arriver à toute vitesse et se garer sur l'esplanade de l'entrée. Deux hommes en sortirent. Lucas s'approcha en faisant attention de ne pas être vu ni entendu. Il atteignit la bâtisse par le côté ouest et longea le mur pour tenter d'entendre ce qu'ils se disaient. Les hommes si surs d'eux à leur arrivée semblaient décontenancés par ce funeste spectacle :

 

-     C'est quoi ce bordel ! Je croyais que c'était le plan du siècle ? 

-     Je sais pas ce qui se passe. Le type m'a dit qu'on aurait juste à se pointer, récupérer la vingtaine de gosses dans la bastide et repartir. Sans faire attention au reste. 

-     Et t'a pas trouvé ça louche toi ? Pauvre tâche ! Regarde autour de toi ! Les poulets vont bien finir par découvrir ça et quand ils chercheront ce qui s'est passé, sur qui ils vont tomber ?

 

Les enfants dans la bastide. Les enfants vivants dans la bastide. Il fallait à tout prix qu'il les trouve avant eux. Il repartit silencieusement vers l'arrière du bâtiment. Il n'y avait pas de porte. Cependant au premier étage une fenêtre était ouverte. Il n'aurait pas de mal à l'atteindre. Il s'accrocha aux lierres, prit appuis sur la descente de la gouttière et les reliefs du mur et grimpa. La pièce où il arriva était elle aussi jonchée de corps. Il reconnu le gourou, assis sur une chaise, la tête repoussée en arrière et un trou dans la poitrine. Il sortit, atterrit dans un couloir. Cette demeure était vraiment immense, comment les retrouver ? Il chercha une fenêtre qui donnait sur le parvis pour s'assurer que les hommes étaient toujours dehors. Ils s'étaient même éloignés, pour mesurer l'ampleur des dégâts humains. Lucas se mit alors à appeler sa fille :

 

-     Lola ! Lola c'est papa ! Dis moi que tu es là. Lola répond moi !

 

Les pièces et les couloirs s'enchaînaient sans réponse. Il trouva l'accès au deuxième étage. C'est là qu'une voix se fit entendre.

 

-     Papa ! Je suis là Papa !

 

Lucas accourut, ouvrit toutes les portes jusqu'à trouver un grand placard où étaient amassé tous les enfants. Vingt paires d'yeux braqués sur lui. Vingt gamins assis calmement par terre, comme ci tout ceci était normal pour eux. Il chercha sa fille du regard et n'eut pas de mal à la reconnaître. Il l'agrippa, la serra dans ses bras et l'émotion le saisit de nouveau. Elle était là, en vie, enfin. Il n'y croyait plus. Mais il se reprit, rien n'était encore gagné.

 

-     Écoutez les enfants il va falloir sortir d'ici et surtout ne pas faire de bruit. 

-     Mais Père Darius nous a fait promettre de ne pas bouger d'ici. On ne veut pas être puni nous, avait déclaré un garçon à peine plus vieux que Lola. 

-     Vous ne serez pas punis je vous le promet. Père Darius est... parti. Il ne reviendra pas, plus jamais. Il faut m'écouter et me suivre.


Soudain, des voix et des bruits de pas se firent entendre.

 

-     Cette baraque est immense. Comment on va les retrouver ?

 

Lucas fit signe aux enfants de ne plus faire de bruit. Il entra avec eux dans ce petit espace et ferma la porte derrière lui. Il faisait entièrement noir. Il chuchota des phrases rassurantes, mais son cœur cognait si fort et ses membres tremblaient tellement qu'il cru ne pas pouvoir tenir. Il entendait les deux hommes s'approcher, faisant des commentaires sur chaque pièce vide. Il sentait les petit corps blottis tout contre lui, entendait leur souffle, espérant qu'aucun son ne filtrerait. Quand ils arrivèrent devant le placard Lucas tenait la poignée de toutes ses forces. Leur seule chance de s'en sortir était de faire croire que la porte était fermée ou bloquée, à condition qu'ils ne leur viennent pas à l'esprit de la détruire à coups de pied. Il sentit une pression sur la poignée. Faible tout d'abord puis de plus en plus énergique.

 

-     Bordel, cette porte ne s'ouvre pas. Ils sont peut être là.

 

L'homme semblait de plus en plus déterminé à faire céder cette porte qui lui résistait. Lucas ne pensait plus pouvoir tenir longtemps.

 

-     Laisse tomber. S'il savait que tout le monde était out à notre arrivée, il n'aurait pas enfermé vingt mioches dans une pièce fermée à clé, réfléchi ! Cette baraque a au moins cent ans, la porte doit juste être morte.

 

La pression cessa. Un grand soulagement le saisit quand un coup cogna violemment sur la porte. Ce type avait décidé de l'ouvrir coûte que coûte. Lucas se savait perdu. Lui mais surtout ces enfants. Ces derniers commençaient à s'agiter, à pleurer quand soudain un vacarme retentit.

 

-     Police ! Ne bougez pas ! Jetez vos armes et gardez vos mains en évidence.

 

Des bruits de pas, des bruits métalliques, des bruits de vêtements et des bruits d'hommes qu'on menotte. Lucas n'oubliera jamais ces sons qui lui indiquèrent qu'il était hors de danger. Il ouvrit la porte prudemment.

 

-     Qui est là ? Ne bougez plus ! 

-     Non, arrêtez ! Je suis avec les enfants. Je m'appelle Lucas Amori, Je suis venu pour récupérer ma fille.

 

Une heure plus tard, il quittait les lieux avec sa fille. Il avait passé tout ce temps entre procédures et explications. Une fois que ces derniers eurent confirmation par le commissariat qu'une requête avait bien été déposée par Lucas il y a quelques semaines à Paris, il put partir, avec cependant le devoir de revenir au poste le lendemain afin de mettre au clair tous les détails de l'affaire. Lucas était abasourdi par ce qu'il venait de vivre, mais Lola, blottie dans ses bras, lui redonnait le sourire, perdu il y a bien longtemps.

 

-     Papa ? Où est Mère Darius ? 

-     Mère Darius ? 

-     Oui ! Où est Maman ?

Par lescréationsdemanon.over-blog.fr - Publié dans : Ecriture
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Samedi 11 février 2012 6 11 /02 /Fév /2012 00:35

 

Le lendemain matin, il appela son patron pour le prévenir qu'il était fiévreux et ne viendrai pas travailler durant quelques jours. La nuit avait été courte et agitée. Dès son réveil il rechercha sur internet les noms d'associations pouvant l'aider à comprendre et surtout retrouver sa fille avant qu'il ne lui arrive quelque chose. Il passa des dizaines de coups de fils jusqu'à ce qu'il tombe sur un homme, Harry Thomson, avec qui il convint d'un rendez-vous l'après midi même.

 

15h, dans un café du 11e arrondissement de Paris. Les deux hommes s'étaient retrouvés et, assis à une table, discutaient du drame familial que vivait Lucas. Harry était un américain d'une cinquantaine d'années, massif, les cheveux grisonnant et portant sur lui les stigmates d'une vie éprouvante. Il s'était exilé en France dans les années quatre vingt. Il avait fait de la lutte anti-sectes son occupation à plein temps après avoir lui même été victime de l'une d'elle. A l'époque, sa mère et ses sœurs avaient adhéré au Temple du Peuple. Après quelques années passées à sombrer lentement dans la démence de cette organisation, elles avaient fini par mettre fin à leurs jours lors du suicide collectif de novembre 1978. Plus de 900 personnes ont péri ce jour là, empoisonnées au cyanure. Suite à ça, Harry avait essayé de lutter dans son pays contre ces hommes despotiques qui anéantissent des vies. Jugeant les américains trop embourbés dans leurs croyances, il avait finit par venir en France pour essayer de sauver un peuple encore sain d'esprit disait-il.

 

-     Au vu de la lettre que vous m'avait apportée et d'après tout ce que vous venez de me raconter, je pense honnêtement que l'heure est grave. Je ne veux pas vous affoler, mais il se pourrait que votre ancienne compagne soit en train d'accomplir la fin d'un rituel tragique. Votre fille y sera inévitablement entraînée. J'espère qu'il n'est pas trop tard. 

-    Je ne suis pas là pour entendre ce que je sais déjà mais pour avancer dans mes recherches et éviter le pire. Alors s'il vous plaît, venons en au fait. Connaissez vous les Pères de l'Avenir ? Que pouvez vous m'en dire ? 

-    Avant toute chose il faut que vous sachiez que même si vous parvenez a retrouver leur trace, il vous sera impossible de les raisonner. Vous devez vous préparer à devenir un des leurs ou à les affronter. 

-     Je me battrai.

 

Après cela, Harry lui parla longuement de cette secte, son histoire, ses membres influents, ses implications dans diverses causes et fait divers, son fonctionnement.

 

-     J'ai déjà eu à faire à eux et autant vous dire qu'ils sont très bien rodés, prêts à tout pour ne pas qu'on nuise à leur petite affaire. Je pense qu'il s'agit aujourd'hui de l'une des sectes les plus actives et les plus dangereuses en France. Ils avaient jusqu'au mois dernier un QG dans le centre de Paris, mais plus de trace. Les locaux ont été vidés et plus personne n'est joignable. Je ne sais pas avec certitude où ils sont allés, ni quoi faire. Mais j'ai entendu il y a quelques années maintenant que le Père Darius avait un domaine dans la région de Strasbourg et que la proximité de la frontière rendait son business plus facile de là-bas. 

-      Quel business ? 

-     Les rumeurs de trafic d'enfants sont malheureusement vraies. Il fait croire à ses disciples que pour obtenir le salut de Dieu, il faut être généreux et faire de grands sacrifices. De ce fait, ils peuvent, ou plutôt ils doivent, donner à des familles qui ne peuvent pas avoir d'enfant leurs propres bambins, sachant qu'ils pourront en avoir d'autres. Vous vous doutez bien que ces gamins finissent aux mains de truands qui endoctrinent les garçons et mettent les filles sur le trottoir dès 6 ans.

 

Lucas sentit son sang se glacer. Il n'y avait pas une minute à perdre. Même s'il pensait sa femme suffisamment lucide pour ne pas commettre cette erreur, il se dit qu'il n'était à l'abri de rien. Ces hommes étaient très influents et excellaient dans l'art de la manipulation.

Harry donna tous les renseignements qu'il possédait à propos de la maison strasbourgeoise de Darius. Il se quittèrent se promettant de poursuivre tous les deux leurs recherches et de se tenir au courant de toute nouvelle information. Lucas rentra chez lui, prépara sa valise et reprit sa voiture direction Strasbourg. Il devait chercher un vaste domaine dans un village alentour. Mais dans ces campagnes, ce n'était pas chose rare. Il décida de commencer ses recherches dans le centre ville, la gare peut-être et demander aux gens s'ils savaient quelque chose à propos de la secte ou d'un de ses membres. Comme il faisait nuit à son arrivée, il prit une chambre d'hôtel pour essayer de se reposer un peu. Le plus dur restait à venir.

 

Lucas se réveilla aux aurores. Le temps de se préparer, avaler un café et il se lança dans ses recherches. Il passa la matinée à poser des questions à des centaines d'inconnus. Il commençait à désespérer quand une femme l'interpella.

 

-     Monsieur, pardonnez moi mais je crois pouvoir vous aider. Je suis contrôleuse, dans les TGV et il y a plusieurs semaines de ça, sur un train Paris-Strasbourg, j'ai rencontré un groupe de personnes qui m'a paru très bizarre. Ma curiosité m'a poussé à écouter leur conversation et tous parlaient de Dieu, de foi, de dévotion et d'un homme. Père quelque chose. 

-      Père Darius ? 

-     Oui c'est ça ! Ils parlaient de lui comme de leur maître, ils semblaient tous en admiration devant lui. Ils s’apprêtaient à le rejoindre apparemment et m'ont demandé le chemin. Ils allaient à Berstett, au nord de la ville. 

-     Berstett vous dites ? Je... Merci, Merci pour tout. Je ne sais pas comment vous remercier. Vous venez peut-être de sauver ma petite fille.

 

...

Par lescréationsdemanon.over-blog.fr - Publié dans : Ecriture
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Mardi 7 février 2012 2 07 /02 /Fév /2012 11:44

 

Seul assis à la table de sa salle à manger, Lucas contemplait le gâteau posé devant lui. Une bougie, bien au centre, représentant le chiffre 6, se consumait lentement. « Joyeux anniversaire Lola » avait-il fait inscrire en lettres sucrées. Il pensait à elle, parvenant difficilement à associer un visage à son nom. Sa petite fille, dont il ne savait plus rien. Cela faisait quatre ans que sa femme était partie, emportant avec elle la moindre bribe de son existence. Le divorce fut très pénible, Par gentillesse, ou par lâcheté peut être, il lui avait laissé la garde de leur fille. Il croyait qu'il éviterait ainsi les complications mais la réalité l'avait rattrapé. Il y a un mois de ça, il avait reçu une lettre qui ne cessait de le torturer.

 

Lucas,

La vie nous a séparé mais saches que je te suis reconnaissante pour ces années partagées. Cependant, tu n'as pas su trouver la voix. Celle de la paix, du respect de soi et de l'humanité. Tu continues ainsi ta vie dans le pêcher et l'ignorance. Pourtant j'ai longuement essayé de te guider vers la vérité. Tu es et resteras l'homme obtus que tu as toujours été. Saches que cette lettre est la dernière et que moi et Lola partons. Tu ne pourras pas nous joindre où nous allons. Mais c'est un voyage nécessaire à notre salut.

Que quelqu'un m'entende et veille sur toi.

 

Sa main s'était crispée sur le papier à la lecture de ces mots. Où partaient-elles ? Jusqu'à présent il avait toujours laissé faire les choses, mais aujourd'hui il sentait que la situation lui échappait, peut-être de façon irréversible. Un mois que sa vie était un combat de tous les jours. Mais chacune de ses tentatives tombaient à l'eau et il ne savait plus où chercher. Il avait essayé de la joindre par tous les moyens, sans succès. La ligne téléphonique avait été coupée, le courrier retourné et les mails sans réponses. Il s'était rendu à son domicile mais plus personne n'habitait à cette adresse. Son avocat lui avait alors conseillé de la mener en justice car elle n'avait pas respecté les clauses de l'accord et que même en cas de garde exclusive, l'autorité parentale restait partagée. Le problème, lui avait-il dit, était que la procédure risquait d'être longue et que l'absence de coordonnées rendrait les choses d'autant plus complexes. Il avait fait le nécessaire mais n'espérait rien du système, tout du moins pas à court terme. Et le temps pressait. Étaient-elles seulement encore sur le territoire ? Même les services de police n'avaient rien pu faire pour lui.

 

-     Ne vous inquiétez pas Monsieur, lui avait dit l'inspecteur. Nous avons enregistré votre demande et nous ferons le nécessaire. Mais il faut comprendre que certains cas sont plus urgents. Votre fille est avec sa mère qui en à la garde. Il est donc difficile de solliciter de grands moyens pour les retrouver. Mais vous savez, les femmes ont parfois juste besoin d'air, de changement.

 

Il ne savait pas à quelle femme il avait à faire. Après la naissance de Lola, elle s'était métamorphosée en donneuse de leçons, prônant une foi jusque là inexistante. Il s'était dit que la maternité avait sûrement opéré et avait rendu sa femme imprévisible. Elle avait développé une obsession pour des croyances toutes plus extravagantes les unes que les autres et passait le plus clair de son temps à l’Église avec leur fille, participant à de multiples manifestations. Elle avait même décidé de quitter son emploi pour se consacrer à cette si juste cause. Ce fût d'ailleurs la raison de leur séparation. Lucas ne la reconnaissait plus, toutes discutions étaient proscrites et l'éloignement ainsi que la mort des sentiments fut inévitable. Il l'avait toujours laissé faire sa vie sans réagir, mais les choses allaient très loin. Elle fréquentait toujours le même petit groupe de personnes et ne voulait plus voir ses anciens amis, ni même sa famille. Elle dépensait des sommes folles pour « investir dans la réussite et l'avenir » disait-elle. Au bout d'un an et demi ils étaient devenus deux étrangers et toutes leurs économies s'étaient envolées. Après leur divorce, tout contact fût rompu, à l'exception de quelques rendez-vous fixés par ses soins, de manière à ce que le père et la fille puissent se voir un peu. Les rencontres se passaient toujours dans la même chapelle, sous la surveillance d'un homme discret mais menaçant, qu'il pensait être son nouveau compagnon. Mais aujourd'hui tous ces événements prenaient un sens différent. Il s'était transformé en un père terrorisé et hanté par ses pressentiments et ses regrets. Dans cet appartement sombre et froid, la flamme de cette singulière bougie était la seule source de chaleur, bien qu'elle lui rappelait aussi la dure réalité de l'absence en ce jour de fête. Il souffla d'un coup sec et la pièce fût plongée dans le noir. Il se leva, s'installa dans son fauteuil, puis alluma la télé. Les images défilaient sous ses yeux mais son esprit était ailleurs. Il sentait que quelque chose lui échappait. Il ne cessait de repenser à cet homme, toujours présent lorsqu'il allait voir sa fille. Qui était-il et surtout que voulait-il ? La première fois qu'il l'avait rencontré une impression de déjà vu l'avait saisit. Vendeur dans un grand magasin de Paris, il s'était simplement dit qu'il s'agissait d'un client, sans se poser plus de questions. Son regard distrait se posa sur le meuble installé dans l'entrée, à l'intérieur duquel Lucas stockait des centaines d'articles de presses. C'est une habitude qu'il avait pris tout jeune. Dès qu'il lisait un magasine ou un journal, il déchirait systématiquement les pages comportant des articles intéressants. Il se leva brusquement, alluma la lumière et se précipita en direction du petit buffet. Il en sorti des dizaines de pochettes et classeurs plus ou moins vieillis par le temps. Il apporta tout ça sur la table et se mit à fouiller frénétiquement cette montagne de papiers. Les heures passaient. Même assailli de fatigue il ne pouvait s’arrêter. Quand soudain, il le vit. L'homme de la chapelle, en costume sombre, les cheveux plaqués en arrière. Il s'agissait d'une double page de l'Express datant de 2004, traitant des sectes, et plus particulièrement des Pères de l'Avenir. Le journaliste expliquait qu'en France la laïcité permettait la tolérance de toutes religions et que les sectes, déviant très souvent de ces croyances, ne pouvaient être appréhendées que lorsqu'elles commettaient des crimes ou délits. Le groupe en question faisait parler de lui depuis plusieurs années et de lourds soupçons pesaient sur ses membres. De nombreuses plaintes avaient été déposées pour agression sexuelles, extorsion d'argent et même trafic d'enfants. Cependant, aucun jugement n'avait jamais pu être rendu car les victimes étaient systématiquement revenues sur leurs dépositions. Le gourou se faisait appeler Père Darius et son bras droit se nommait Joseph Armand. C'était lui. Le numéro deux. Lucas n'en revenait pas, tout se brouillait dans sa tête et à la fois prenait tout son sens. Son ex femme était victime d'un mouvement sectaire et sa fille l'était devenue à son tour. Une irrépressible envie de pleurer le saisit. Les larmes se mirent à couler. Mais comment avait-il pu être si naïf. Ce changement si radical, ses propos, ses dépenses, sa démission et maintenant cette lettre. Après ce qu'il venait de lire il pouvait craindre le pire.

 

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Mercredi 7 décembre 2011 3 07 /12 /Déc /2011 19:17

La nuit est douce et les rires raisonnent autour de nous. L'été indien se prolonge en ce début octobre et les gens en profitent pour sortir et s'amuser. Il y a beaucoup plus de monde que prévu ce soir, il va falloir être prudent. Les musiques entêtantes cohabitent avec les odeurs de beignets, et des cris s'échappent des géants d'acier catapultant leurs occupants à quarante mètres du sol. Feignant l'indifférence, je me faufile au milieu des stands. En civil, le gilet par balle sous mon pull et mon arme cachée sous ma veste, je guette le moindre mouvement. C'est ce soir que tout va se jouer, nous n'avons pas le droit à l'erreur. Après des mois d'investigation, nous sommes enfin parvenus à notre but, et même si le coup est risqué, nous sommes prêts. Je repense à toutes ces femmes que l'on a vu défiler, si jeunes et déjà usées par une vie qui ne leur appartient plus. C'est pour ces gamines que nous sommes là. Voici plus d'un an que nous sommes sur ce réseau de proxénètes. Pas mal sont déjà tombés, mais ce soir, c'est le cerveau qu'on vient pêcher. Il n'a peur de rien. Malgré la pression qui pèse sur lui, il continue à étendre son territoire. Le pire dans tout ça c'est qu'après tous ces efforts, nous ne sommes même pas parvenus à obtenir une image de lui. Il est fort. Très fort. Mais nous sommes plus coriaces, plus nombreux et c'en est fini de son règne malsain. La soirée commence à peine alors il faut rester concentrés.

 

«  Entrée sud. Ça bouge par ici. »

 

Discrètement, j'observe l'endroit indiqué. Un groupe de molosses fait son apparition. Ils ont l'air louche, mais il s'agit plus d'une bande de potes bien allumés en quête d'adrénaline, que de grands criminels.

 

-  Stéphane, garde un œil sur eux au cas où.

 

J'ai toujours voulu faire ce métier, entrer dans la police et prouver à tous qu'une femme pouvait très bien se débrouiller. Et me voilà Capitaine. Capitaine Aline MERCIER s'il vous plait. J'en suis sacrément fière ! Il faut dire que j'y ai consacré ma vie. J’ai 34 ans, pas de mari, ni d'enfants, peu d'amis, plus de parents... Enfin si, j'ai toujours des parents, ils sont bien vivants, mais les seules choses qui nous lient sont notre nom et notre sang. Cela doit faire près de 10 ans que je ne les ai pas vus. Nos rapports ont toujours été très conflictuels. Deux caractères forts sous le même toit ça fait des étincelles. Mon père à toujours voulu jouer les patriarches autoritaires, baignant dans des magouilles, il était loin d'être un papa parfait. Ma mère quand à elle a toujours joué les soumises, elle était transparente, ce qui a fini par m'exaspérer. Finalement je vis très bien sans eux.

 

-  Aline ! Les caméras de surveillance du boulevard Rostand nous montrent une grosse berline foncée qui arrive en votre direction. Elle s’arrête à tous les arrêts de bus, où son positionnées les filles. Il se pourrait que ce soit notre homme et qu'il fasse un petit tour du propriétaire avant de rentrer à la base.

-  Ok !On se tient prêt les gars. Mais rien ne nous prouve que ce soit lui, alors on reste attentif.

 

Il y a deux semaines, nous avons attrapé Mali, l'ancien numéro deux. Il a quitté la bande depuis plusieurs mois, suite à de gros désaccords avec le boss, et fait son business dans le trafic de cigarettes maintenant. On l'a cuisiné plusieurs jours, contournant un peu le règlement je l'avoue, mais il a fini par craquer. On lui à promis un accord pour sauver sa peau face au juge s'il nous aidait. Il nous a donc donné le nom de son ancien patron dans le milieu, Papa Gino et nous à indiqué où se trouvait son QG. Nous n'aurions jamais pensé à aller le chercher dans une fête foraine ! C'est dans un vieux stand qu'il s'est installé, au milieu des jeux et des attractions. D'après ce qu'il nous a dit, c'est un type qui a toujours collectionné les mauvais plans. Gagner sa vie honnêtement n'a jamais fait partie de ses priorités. Il aurait commencé par de petits délits, avant d'exploiter des jeunes filles. Il est arrivé dans le coin et a développé en 4 ans le plus gros réseau de prostitution de la région nantaise. Mais c'est ce soir que le roi devra tirer sa révérence.

Nous avons donc élaboré le plan suivant : mes hommes et moi même sommes mêlés à la foule et deux fourgons banalisés remplis d'hommes sont postés à une rue de là. Une équipe de surveillance à aussi été mise en place pour nous informer des vas et viens suspects à proximité du lieu. Mali à repris contact avec Papa Gino après nos entretiens. Il joue les infiltrés pour nous, simulant sa volonté de refaire partie de l'affaire et doit l'attirer ici ce soir. Une fois arrivé sur les lieux, il nous sera facile de le reconnaître. La partie la plus délicate sera d'agir en une frappe chirurgicale sans semer la panique ni blesser qui que ce soit. La pression monte, entre impatience et appréhension. Ça serait une belle récompense pour mon équipe de réussir cette mission.

 

-  La berline approche. Elle vient de passer devant le fourgon n°1. Elle sera vers vous dans moins d'une minute.

 

La tension est palpable. Sera-t-il là ? Sera-t-il seul ? Va-t-il encore nous glisser entre les doigts ? Pas le temps de douter. La fête foraine étant en bordure d'une avenue, il est dur de quadriller tous les accès. La foule m'aide à rester discrète et à la fois m'inquiète. Les gens affluent et ne cessent de se multiplier. Soudain, j’aperçois au loin une Mercedes Classe S noire arriver vers nous. Elle roule au pas, comme pour anticiper le danger et déguerpir à la moindre menace. Je recule et me fonds dans le flot de passants. La voiture passe à mon niveau et poursuit sa route. Je remonte en leur direction. Mais pourquoi ne s'arrêtent-t-ils pas ? Est-ce bien eux ? Les vitres teintées et la faible luminosité empêchent tout regard de filtrer. Je les perds de vue.

 

-  Quelqu'un les voit ?

-  Oui. Ils se dirigent au nord.

-  Daniel, Steph, vous restez à l'entrée sud au cas où il fasse demi tour. Les autres on se rejoint là haut. Allez les gars on le tient ! Pas de précipitation, on reste discret jusqu'à mon signal !

 

Je me faufile aussi vite que possible entre les corps qui m'entourent. Je ne dois pas les

bousculer pour éviter tout débordement. Je trépigne à l'intérieur et j'enrage de la lenteur des gens.

 

-  Capitaine, la voiture s'est arrêtée.

-  Ne bougez pas, mais soyez prêt à intervenir. J'arrive.

 

Au moment de mon arrivée sur le lieu dit, je cherche mon équipe. Ils sont dispersés, l'air innocents mais aux aguets, observant du coin de l’œil le bolide qui ne semble pas vouloir réagir. C'est alors que la porte arrière s'ouvre. Mali sort. Il m’aperçoit et me fait un petit signe de tète d'approbation. Je sens mon cœur s'emballer, prêt à exploser devant cette scène et ce visage qui apprête à être enfin mis à nu. Mali se décale. Un autre pied sort de la voiture et se pose délicatement sur le bitume. On y est ! Une silhouette apparaît. Il est grand, les épaules larges. Il porte un costume sombre, et un chapeau à la manière des bandits des années 30. J'observe attentivement cet homme qui n'est plus tout jeune quand enfin j'arrive à son visage. Nos regards se croisent...

-  Papa !

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Samedi 19 novembre 2011 6 19 /11 /Nov /2011 21:29

Nouvelle écrite pour un concours, avec pour consigne :

Doit obligatoirement commencé par la phrase "ça faisait longtemps qu'il n'avait pas croisé sa gueule dans un miroir".

4 à 6 pages maximum.

Vous en pensez quoi pour un premier essais ?

 

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Ça faisait longtemps qu'il n'avait pas croisé sa gueule dans un miroir, ce fut un choc. Le teint gris, les yeux cernés, la barbe hirsute, il ressemblait à un taulard ravagé par les soucis et l'ennui. Il faut dire qu'après 3 mois passés sur un lit d'hôpital, le corps meurtri et entouré de femmes en blouses blanches qui vous lavent comme une carcasse vide, la coquetterie n'est plus une priorité. Appuyé sur le lavabo de sa salle de bain miteuse, il s'observait avec attention. 

  -   Allez, reprend-toi !

Il n'était plus que l'ombre de lui même. Dans un coin de la pièce, une infirmière ligotée avec un drap, pleurait de frayeur. Il lui lança un regard menaçant et lui ordonna de la boucler. Elle se tue. C'était le chaos dans sa tête depuis qu'il avait ouvert les yeux ici. Lui qui était si sûr de ses priorités se demandait quels étaient les choix à faire aujourd'hui. Le premier, ça il en était certain, était de se barrer d'ici au plus vite. Il se dirigea vers son placard et sortit un sac qu'il remplit de ses affaires. Il attrapa un vieux survêt, un sweat-shirt et une paire de baskets, les enfila à la hâte et sorti, fermement décidé à finir ce qu'il avait commencé. Il se sentait très faible et ses jambes lui faisaient atrocement mal. Mais pas le temps de se reposer, il soufflerait une fois dehors. Personne dans les couloirs, c'était sa veine. Il arriva au rez-de- chaussé sans encombre. C'est alors qu'un membre du personnel l'interpella. Il ne se retourna pas, descendit rapidement les marches de l'entrée et continua à avancer. Il priait pour ne pas être rattrapé. Au bout de la rue il prit à droite et se retrouva sur une grande avenue. Une fois mêlé à la foule, plus personne ne le retrouverait.

 

 

  -   Madame Tapia ? Ici l'hôpital St Joseph, je vous appelle parce qu’on a un problème. Alexandre est

      introuvable. Nous avons cherché partout mais aucune trace de lui.

Elle les avait pourtant prévenus. Il fallait garder un œil sur lui sans quoi il risquait de faire une bêtise. Mais comment pouvait-on quitter un hôpital, si mal en point sans que personne ne vous remarque. Elle raccrocha, attrapa son sac et quitta l'appartement en direction du garage. Une fois dans sa voiture, elle prit son téléphone et composa un numéro. Une voix d'homme répondit :

  -   Allô ?

  -   C'est moi. Alex a encore disparu. Je pense qu'il va recommencer. Préviens tout le monde. Je ne veux

      pas revivre la folie de la dernière fois. Je suis en chemin, j'arrive.

 

 

Il ignorait depuis combien de temps il marchait et ne savait même pas où il était. La souffrance que ses jambes lui infligeaient devenait insoutenable. Il était à cran. Il s'engouffra dans une petite ruelle et s'assit sur le perron d'un vieil immeuble. Il fallait qu'il retrouve cet homme, coûte que coûte, et qu'il finisse le boulot. Il était obsédé par cette idée, se promettant qu'il s'agirait là de sa dernière mission. Il devait penser à construire sa vie maintenant. Il ne supportait plus de vivre seul et d'obéir aux ordres comme un bon chien bien dressé. Lui aussi voulait une femme, des enfants et une maison. Mais pour ça, il fallait tout arrêter. Il n'avait pas un rond en poche et devait penser à une façon d'y remédier. Personne ne pourrait l'aider dans cette ville, il était seul livré à lui même. Il fallait qu'il trouve un plan. Toujours saisi de douleur, il se releva. Sa détermination était à toute épreuve et il avait décidé que ce serait aujourd'hui que tout prendrait fin. Il fallait à tout pris qu'il se repère dans ce dédale de rues. Après dix pénibles minutes, il vit une papeterie et entra. Il trouva une carte de la ville et l'ouvrit. Il avait lu "Rue de Lodi" sur un panneau. Apparemment il n'était pas loin du centre ville. Il lui fallait cependant partir à l'opposé. Sans argent et clopinant, il était coincé. Une idée lui vint soudain. C'était de la folie mais il n'avait rien à perdre. Il chercha la présence d'éventuelles caméras mais ne vit rien. Il sortit un t-shirt de son sac et le plaça sur son visage de façon à ce qu'on ne puisse voir que ses yeux et son front. Il prit une grande inspiration, observa l'homme derrière sa caisse et avança, le regard noir, en sa direction.

 

 

  -   J'ai l'impression qu'on ne s'en sortira jamais...

  -   Écoute Anaïs, tu sais ce que j'en pense. On est amis depuis longtemps mais il faut te rendre à

      l'évidence, tu ne peux plus l'aider, plus toute seule en tout cas. Il faut...

  -   C'est hors de question Éric, tu m'entends ! Ça fait 5 ans que je me bats pour lui. Ce n'est qu'une

      victime dans l'histoire. Sans ces ordures on n'en serait pas là. Ils lui ont tout pris : ses rêves, sa raison,

      sa vie. Je sais que derrière cette folie, il est toujours là. Alors si tu ne veux plus le soutenir, libre à toi,

      mais moi je continue.

Un lourd silence pesa sur la pièce. Combien de fois s'étaient-ils retrouvés autour de cette table, combien de fois avaient-ils eu cette conversation?

  -   J'ai appelé les nouveaux locataires de la maison pour ne prendre aucun risque. Ils m'ont dit qu'ils

      seraient là d'ici une heure. Tu seras seule avec lui là-bas, alors s'il te plait, sois prudente.

Elle savait qu'il ne l'abandonnerait pas. Ils échangèrent un regard entendu, mais elle perçut chez lui une lueur différente. Était-ce de la colère ou bien de la tristesse, elle n'aurait pu le dire. Elle se leva et se dirigea vers la porte d'entrée. Peut-être avait-il raison, il lui faudrait faire appel à des professionnels, elle ne pourrait plus assumer bien longtemps.. Cette idée lui tordait le cœur, mais elle se promit d'y penser une fois tout cela terminé.

 

 

Deux cents cinquante euros ! Il avait massacré ce type pour deux cents cinquante euros. Mais il n'avait pas eut le choix. Il ne pouvait pas prévoir qu'il aurait une batte derrière le comptoir. Peut-être était-il toujours en vie après tout. Peu importe, il ne voulait pas y penser. Les mains encore tremblantes, il demanda à un passant où se trouvait la station de taxi la plus proche. Il lui faudrait marcher encore un peu. C'était la dernière ligne droite. Après ça, il achèverait sa mission et pourrait enfin se reposer.

  -   Quelle adresse M'sieur ?

  -   Boulevard Louis Pierroti.

Il ne savait pas ce qu'il lui était arrivé ces trois derniers mois, ni comment il avait atterri à l’hôpital. Il ne savait même plus vraiment où il habitait, ni qui il était. Mais cette adresse, il ne l'oublierait jamais. Il aperçut son reflet dans le rétroviseur. Il ne se reconnaissait décidément pas. Où était passé le type charmant au regard de feu qu'il était il n'y a encore pas si longtemps. Celui qui avait réussi sa vie.

       Anaïs... Anaïs...

Pourquoi ce prénom lui venait-il en tête soudain ? Qui était cette Anaïs ? Il essaya de rechercher au fond de sa mémoire qui pouvait-être cette femme, mais rien. Son cerveau lui jouait des tours ces temps ci, il le savait. Mais il n'avait pas de temps à perdre avec des questions inutiles, pas maintenant, il fallait qu'il se concentre. Cependant ce nom résonnait dans sa tête sans qu'il puisse expliquer pourquoi. Il regardait le paysage par la fenêtre. Un sentiment d'impatience et d’excitation l'envahit. Il savait qu'il approchait de sa cible. Il savait qu'il serait bientôt libéré.

 

 

Cela faisait plus d'une heure qu'elle l'attendait, garé dans un sous-bois à proximité de la maison, quand elle vit un taxi arriver. Sa respiration s’accéléra. Elle savait que l'homme qui allait en descendre serait aussi dangereux que vulnérable. Elle le vit sortir de la voiture et se diriger vers le grand portail. Il attendit que le taxi quitte les lieux et posa son sac à terre. Il ouvrit la porte métallique et avança prudemment, contournant la bâtisse. Elle prit un livre sur le siège passager, quitta silencieusement la voiture et alla le rejoindre. Quand elle l'eut rejoint elle vit qu'il s'était saisit d'une barre métallique qui trainait par là.

  -   Alex ? S'il te plais ne fais pas ça.

Il sursauta et brandit son arme de fortune devant lui.

  -   T'es qui toi ? Bouge pas !

  -   Ok ok, je bouge pas ! C'est moi. Anaïs.

  -   Anaïs ? … Je... je ne te connais pas. Tu veux quoi ? 

  -   Je veux juste discuter. Il faut que je t'explique deux ou trois choses. Mais il faut que tu te calmes. 

  -   Je suis très calme, mais tu ne peux pas rester. Tu ne peux pas rester ici. C'est dangereux !

Il était anxieux à l'idée de se faire prendre. Sa voix tremblait. Cette femme allait tout faire capoter.

  -   Il n'y a personne à l'intérieur. Juste toi et moi. Est-ce que tu sais au moins où tu es ?

  -   Écoute, le type qui crèche ici s'appelle Alexandre Tapia. Il est dangereux et c'est pour ça qu'il faut que tu

      partes. Il doit payer pour ce qu'il a fait. 

  -   Tu es Alexandre Tapia ! Je sais que c'est difficile à croire, mais tiens, regarde !

Elle lui tendit l'album. En première page, une carte d'identité. Alexandre Tapia, né à Marseille le 29 août 1978. C'était bien lui sur la photo. Il ne comprenait pas. Il y avait aussi un certificat de mariage, avec ce même nom et celui d'Anaïs Borde. Ses pensées s’embrouillèrent, c'était impossible. Il vit alors une photo : lui et cette femme, ici même devant cette maison. Ils avaient l'air heureux, amoureux. Il lui lança un regard apeuré, que faisait-il là ? Qui était cette femme ? Et pourquoi avait-il son prénom en tête en venant ici, alors qu'il ne l'avait jamais vu ? Il tourna la dernière page de l'album : un bracelet de maternité, bleu, au nom de Jules.

  -   Ça veut dire quoi ? Aboya-t-il. 

  -   Alex, je suis ta femme et cette maison était la nôtre. On s'est marié le 29 août 2006, le jour de ton

      anniversaire, tu te souviens ? A cette époque tu étais biologiste dans un laboratoire pharmaceutique.

      Quelques mois après je suis tombée enceinte. Comme on avait besoin d'argent, tu t'es porté

      volontaire pour essayer un nouveau médicament contre l'anxiété et le stress. Du moins c'est ce

      qu'ils disaient. En fait, il s'agissait d'un puissant analgésique dont personne ne connaissait les effets

      secondaires. Un soir, après la naissance de Jules, tu as eu une crise d'épilepsie, à cause du

      traitement. Tu avais notre bébé dans les bras et vous êtes tombés violemment. Quand je suis rentrée

      vous étiez par terre, inconscients. J'ai de suite appelé les secours, mais il était trop tard pour lui.

      Quand à toi, ce traitement et la chute ont eu de lourdes conséquences sur ta mémoire et ton

      comportement. Depuis tu es imprévisible et dès qu'on évoque Jules, ça provoque chez toi des

      sortes de crises. Pendant les plus violentes tu te prends pour un missionnaire ou un tueur à gage

      et tu reviens systématiquement ici pour tuer Alexandre Tapia...

  -   … Cet homme dangereux qui a tué son enfant.

Tout était si flou, cette femme, ces papiers, cette photo, cette maison. Après plusieurs minutes, longues et silencieuses, les choses prenaient petit à petit leur place. Il baissa les bras, résigné et s'approcha d'elle. A cet instant une détonation résonna. Alex fut pris d'une vive douleur à la poitrine et s'effondra. Anaïs se mit à hurler, se précipitant vers son mari, abasourdie par ce qui était en train de se passer. La tête posé sur le sol et le regard vide, Alexandre vit le visage de sa femme s'approcher de lui. Il se rappela soudain de tout. Il se revit à l’hôpital quelques jours auparavant. Son meilleur ami, Éric, était à son chevet. Il lui montrait une photo de Jules avec au dos une adresse, en lui indiquant qu'un certain Alexandre Tapia avait tué son fils et qu'il lui fallait réparer cette injustice.

  -   Éric... dit-il dans un dernier soupir.

Il partit sous les larmes de son épouse effondrée, qui ne comprit pas ce dernier message.

 


A quelques dizaines de mètres de là, Éric rangea son arme et quitta les lieux. S'en était fini, il ne nuirait plus à personne à présent.

Par lescréationsdemanon.over-blog.fr - Publié dans : Ecriture
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